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Homélie du quatrième dimanche du temps de Carême (Année A) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Abbé Jules Pascal ZABRE   
Chers frères et sœurs,
Nous voici déjà au quatrième dimanche de carême. Comme tous les autres dimanches, celui-ci est chargé d’une bonne nouvelle spécifique : Le Christ est la Lumière du monde. Le récit de la guérison de l’aveugle-né tout en favorisant et en précisant le contexte de cette grande vérité, nous engage à une constante recherche de la Personne même qui incarne cette vérité, Jésus-Christ.

Comme nous le constatons, le récit de l’aveugle-né est plus qu’une histoire. Il est un signe parce que tout centré sur Jésus-Christ, sa personne, sa mission (bis). Tel est notre beau programme au cœur de ce carême qui atteint avec ce dimanche un point culminant : Jésus-Christ, sa personne, sa mission. Avons-nous progressé dans leur découverte ?
 Saint Jean qui, rarement sur le plan textuel nous donne le sens de ses mots, se donne aujourd’hui la peine de nous préciser que Jésus-Christ envoie l’aveugle-né à Siloé pour y recouvrer la vue. En d’autres termes, c’est en allant se laver à l’Envoyé (sens de Siloé) que l’aveugle recouvre la vue. Précision inutile ? Certainement pas, puisque l’évangéliste se donne la peine de le faire. Pouvons-nous oublier que tout le problème des contemporains de Jésus fut de savoir s’il était réellement l’Envoyé du Père ? N’est-ce pas la grande question qui accompagnera toute la vie de Jésus : Est-il le Messie, oui ou non ?
Frères et sœurs, c’est en Jésus-Christ l’Envoyé que l’homme découvre Dieu et reconnaît ses frères avec qui il peut entrer dans un processus de conversation et de conversion. En nous présentant le Christ comme la Lumière du monde, l’évangile de ce jour interpelle chacun nous : « Crois-tu au Fils de l’homme ? ». L’incrédulité ambiante pas plus que les railleries de l’entourage n’ont eu chez l’aveugle la moindre hésitation ni confusion « Oui, je crois Seigneur  » répond joyeusement l’aveugle-né qui aux dires du pape Benoît XVI parle au nom de tout croyant. Le miracle de cette guérison, miracle à dimension infinie, est vraiment le signe que le Christ en rendant la vue, veut ouvrir également notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique sauveur. Le Christ illumine toutes les ténèbres de la vie et donne à l’homme de vivre en « enfant de lumière » ; message capital en ce quatrième dimanche de carême.
Autrefois, c’est-à-dire avant la venue du Christ, comme le rappelle l’Apôtre Paul, nous n’étions que ténèbres. Avec le Christ nous sommes désormais ordonnés à la Lumière, celle de Dieu. Cette initiative vient de Lui comme il nous est donné de le voir dans le récit de l’aveugle-né. De fait, en dépit de sa foi, il n’y a point de demande de guérison de la part de l’aveugle né. Mais le Seigneur qui scrute les cœurs et les reins entrevoit en cet homme marqué non pas d’abord par le péché mais par des ténèbres, le lieu où peut advenir l’œuvre de Dieu. Le Christ réalise ainsi la promesse de Dieu faite à son peuple dans les prophéties d’Isaïe : « Je ferai marcher les aveugles sur des sentiers inconnus. Je transformerai devant eux les ténèbres en Lumière, Je ne les abandonnerai pas » (Isaïe 43, 16).
Frères et sœurs, en même temps que ce dimanche approfondit pour nous l’identité du Christ, il nous enseigne comment regarder dans la vie les autres pour les conduire à la Lumière.  Regarder à la manière de Dieu exige d’aller à l’essentiel qui, nous le savons, est invisible aux yeux. Aller à l’essentiel, c’est voir avec le cœur. Cela se passe de toute abondance de paroles, de toute explication anthropologique ou théologique. Qui a péché ? La réponse que donne Jésus n’entre dans aucune explication « causale » ; elle cherche au contraire à élever la vision de cet homme au-delà de la nécessité des causes ou des raisons possibles pour lui permettre d’accéder à un véritable accueil de la grâce. Jésus lui fit gratuitement de la boue, la badigeonna sur ses yeux et lui dit d’aller se laver à Siloé. Il importait à Jésus la vision de cet aveugle.
Ainsi, en s’interrogeant en premier lieu, non sur la cause de l’aveuglement, mais sur le sens et la nécessité de la vision, Jésus nous apprend à dissocier souffrance et péché, cela nous permet de voir en toute circonstance, encore plus en ce temps de carême, le besoin vital de l’homme : être éclairé, voir, savoir. Les catéchumènes s’attèlent à cet exercice du nouveau regard sur leurs frères et sœurs depuis des mois voire des années tout en découvrant la Personne de Jésus, la source à laquelle ils vont être plongés, fécondés par l’Esprit Saint pour s’ouvrir à la Lumière. Mais pour nous déjà chrétiens, si ce nouveau regard sur nos frères, sur le monde comme le Christ le fait, n’est pas pure évidence, nous devons nous remettre à toute école du nouveau regard, de la nouvelle écoute. De fait, nous pouvons le supposer : l’homme de l’évangile est aveugle pour que tout homme apprenne à voir et à voir avec des yeux autres que ceux de la chair.
En ce temps qui nous sépare du jour du salut, frères et sœurs, ayons de nouvelles lunettes, réajustons-les (au moins ceux qui en ont déjà) ; mais pour nous tous, soignons nos yeux, soignons notre aveuglement, notre cécité de naissance. Il est souvent question dans l’évangile de cet aveuglement qu’est ce redoutable manque d’attention qui nous empêche d’aimer. « Seigneur quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, avoir froid ?...Quand ?... Souvenons-nous de cet homme riche que Jésus dénonce, non parce qu’il a fait du mal à son voisin Lazare, mais parce qu’il ne l’a pas vu à sa porte. En ce temps de carême, décider d’aimer, c’est décider de faire attention aux êtres que l’on côtoie chaque jour.

A quelques semaines de Pâques, il ne serait pas superflu que nous continuions notre marche en nous posons cette question capitale : Quel regard posons-nous sur les autres ? Oui, c’est important car durant notre vie de chrétien, il nous faut aimer et l’amour passe par le regard. C’est tout l’évangile ! Revoyons l’évangile de dimanche passé ! Quand Jésus a vu la samaritaine, il n’a pas vu en elle « qu’une femme légère, volage ! ». Il lui demande un verre d’eau et il engage une conversation. Il l’a vue. Un jour, Jésus a vu Zachée, mais il n’a pas vu en Lui « qu’un fonctionnaire véreux », il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut. Il l’a vu. Nous reverrons bientôt le contexte de l’arrestation de Jésus. Jésus a vu Judas, il ne lui a pas dit « Tu ne seras toujours qu’un traître », il l’embrasse et lui dit : » mon ami ». Voilà la nouveauté de l’évangile…voilà le regard posé sur chacun de nous que chaque eucharistie comme celle d’aujourd’hui renouvelle. Laissons-nous gagner par ce regard de Jésus, ce sera la contagion de l’amour. Prions donc pour rester les lumières pour les uns les autres et pour notre monde :
« Ouvre mes yeux, Seigneur… » chant !


Abbé Jules Pascal ZABRE
 Professeur de liturgie sacramentaire

Mis à jour le Lundi, 04 Avril 2011 11:46